Je n’étais pas la bienvenue

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L’AJD a décerné son prix 2015 à Aurélie Darbouret pour un reportage d’une semaine dans un SNLE.

guibertNotre consoeur ajidienne, Nathalie Guibert (le Monde) a été la première  femme autorisée à partager la vie de l’équipage d’un sousmarin nucléaire d’attaque (SNA) français. Pendant un mois.

Elle a raconté cela dans son journal et sur son blog durant l’été 2014. Elle vient de publier un livre (sorti le 3 octobre)  où elle offre un journal de bord plus intime, plus personnel.  Clairement, ce n’est pas la journaliste spécialisée dans les questions de défense qui signe l’ouvrage : ce n’est pas un livre de guerre ou sur la guerre ! Il s’agit plutôt du témoignage d’un ethnologue, observateur attentif, pudique, humble et plein d’admiration pour ces hommes « qui ont volontairement choisi l’enfermement », pour « ces hommes ordinaires qui font des choses extraordinaires ».

Pourquoi ce sujet ?

« Parce que, en prenant la rubrique défense, au Monde, j’ai identifié rapidement que la porte des sous-marins
était fermée aux femmes ! » Même aux femmes-journalistes ?

Nathalie a persévéré dans sa demande durant plus de deux ans. Elle le reconnaît : « Ma demande est arrivée au bon moment, celui où la marine admettait qu’elle ne pouvait plus se priver des femmes pour son recrutement. » Notre consœur a en quelques sorte été « utilisée » comme précurseur.

Les premières femmes (officiers) monteront à bord des sous-marins français (SNLE) fin 2017. Le titre du livre est trompeur : « Au final, je crois que les marins m’ont acceptée, même si j’ai, au départ, été accueillie avec une très chaleureuse réserve ! »

Pour se faire accepter, Nathalie a dû se « conformer » : « Il faut se conformer à l’étroitesse des lieux, à la promiscuité, à des rituels, à la lumière artificielle, et il faut aussi conformer son caractère à cet environnement si particulier, ultra-dangereux, enveloppé de silences (même à table, parfois) et de paroles feutrées. »

Au fil des jours, la journaliste s’est fondue dans l’équipage, elle a pris des quarts, tenu la barre, recueilli des confidences, s’est retenue d’éclater de rire ou de colère, mais a goûté « cet humour décalé qui est partout ». « Même dans une capsule dans l’espace, il y a des hublots, là, rien ! » Nathalie rêve d’expérimenter un jour « une expédition dans le grand nord, loin de tout, dans le silence, coupée du monde ».

A priori, l’AJD n’organisera pas un tel voyage, mais se fera une joie d’en lire le récit par Nathalie ! Editions Paulse